Seigneur, mon âme misérable est nue, gelée, transie, elle désire être réchauffée par la chaleur de ton amour.
Je me tiens dans ma demeure de solitude ; aspirant le souffle de mon amour, j’ouvre la bouche vers toi et j’aspire l’Esprit.
Et quelquefois, Seigneur, tandis que je suis comme béant vers toi, les yeux clos, tu me mets quelque chose dans la bouche du cœur. Je sens une saveur, tellement douce et suave, tellement réconfortante que, si elle se parfaisait en moi, je ne rechercherais plus rien.
Quand je la reçois, je veux la retenir et ruminer, mais aussitôt elle passe. Je la déglutis sans doute, mais en la ruminant longtemps, je souhaiterais perdre la saveur de toutes les autres affections et ne plus savourer qu’à elle seule à jamais ; mais elle se hâte de passer…
Alors, par expérience, je suis contraint d’apprendre ce que, dans l’Evangile, tu dis de l’Esprit : « On ne sait d’où il vient ni où il va. » Oui, « L’Esprit souffle où il veut », et j’éprouve aussi en moi qu’il souffle non quand je le veux, mais quand lui il veut.
Vers toi, Seigneur, vers toi sont tournés mes yeux ; que vers toi, en toi, par toi, s’orientent tous les élans de mon âme…
Cache moi, je t’en supplie, dans le refuge de ta face. Protège-moi dans ta demeure.
