Un exemple d’humanité…

Un des personnages les plus sympathiques du XIVe siècle est un jeune laïc du nom de Roch, natif de Montpellier, n’ayant laissé ni parole ni écrit et qui, dès sa mort, fut invoqué comme un grand saint.

L’Église le fête partout en Occident. Plusieurs papes accordent la faveur de lui ériger des sanctuaires. Privilèges et indulgences sont donnés aux confréries qui s’en réclament. La ville de Montpellier lui dédie une chapelle en 1420 et célèbre sa fête le 16 août. Clément VII ou Benoît XIII ont-ils proclamé la sainteté de Roch dès « le XVe siècle ? Quoi qu’il en soit, en 1629, Urbain VIII confirme son culte par deux textes qui reconnaissent implicitement ses vertus thaumaturges et la sainteté de sa vie.

Le culte de saint Roch se répand non seulement dans toute l’Europe, mais aussi au-delà des océans. Des pèlerins, des confréries, des corporations : chirurgiens, apothicaires, paveurs de rues, fourreurs, pelletiers, fripiers, se placent sous son patronage.

Des villes, des quartiers, des rues, des lacs, des collines, des forêts, des caps portent son nom en France, en Espagne, en : Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, en Argentine, en Colombie, en Afrique, aux Antilles, à Madagascar, aux Philippines, aux États-Unis, au Danemark, au Canada, au Brésil… Protecteur des animaux et des végétaux, il est l’intercesseur du monde paysan le plus aime. Des centaines de lieux fêtent saint Roch le 16 août. Dans le inonde entier, on dénombre des milliers d’églises, de chapelles, d’oratoires dédiés à saint Roch : 3 000 en Italie, auxquels s’ajoutent 250 paroisses, 74 villes et 36 quartiers, dans les cités les plus importantes.

Saint Roch de Montpellier, saint protecteur et guérisseur de la peste, a suscité des centaines d’ouvrages et une représentation considérable dans l’art cultuel et populaire, la plus importante des saints parmi laquelle des centaines de chefs-d’œuvre. Figure moderne et charismatique délivrant un message universel de fraternité, de générosité et d’espérance, plus que jamais d’actualité, il continue de susciter émotion populaire et fait l’unanimité. De nos jours, son culte a une dimension internationale et intercontinentale.

VIE DE SAINT ROCH DE MONTPELLIER

Saint Roch naquit à Montpellier entre 1348 et 1350, en pleine guerre de Cent Ans, pendant la grande peste noire qui dura deux ans et décima un tiers de la population occidentale. C’est l’époque des grandes famines et des ravages perpétrés par les grandes compagnies (troupes de mercenaires).

Montpellier, rattaché à la couronne de France depuis 1349, était une république marchande, une grande ville du Midi, cosmopolite et tolérante, très réputée pour ses universités. Elle était aussi une étape importante de pèlerinage sur la via Tolosana, et bénéficia de la proximité d’Avignon, siège de la papauté depuis plus de quarante ans.

Bien que Roch fût un prénom très courant en France et en Italie, il semble plutôt que Roch était de la famille des Roch de La Croix – lignée devenue importante au XVIe siècle sous le nom de Castries. Son père, Jean Roch de La Croix, dignitaire de la ville, en fut le premier consul, en 1363. Sa mère, Dame Libéria, était originaire de Lombardie.

Fils désiré et longtemps attendu, il passa une enfance dans un milieu profondément chrétien. Il fut baptisé au sanctuaire Notre-Dame des Tables, qui était aussi le centre de la vie spirituelle, intellectuelle et sociale de Montpellier (crypte sous l’actuelle place Jean Jaurès).

Il fit probablement ses études chez les pères dominicains, avant d’étudier la médecine. 11 connut les terribles épidémies de peste de 1358 et de 1361. A Montpellier, cette dernière fît jusqu’à 500 morts par jour, pendant trois mois.

Orphelin à 17 ans, riche et instruit, il décida de partir pour Rome. Il distribua sa fortune aux pauvres, rejoignit le 3e ordre franciscain, revêtit l’habit de pèlerin, reçut la bénédiction de l’évêque de Maguelone et prit la route.

Il emprunta probablement les viae Aurélia, Cassia et Francigena qui le menèrent jusqu’à Rome. Il arriva à Acquapendente, à quelques jours de marche de la ville éternelle, en juillet 1367. Il y resta trois mois, car la peste y sévissait. Il mit en pratique renseignement médical qu’il avait reçu en l’associant à des signes de croix sur les souffrants, et obtint de nombreuses guérisons.

Son charisme auprès des malades se révéla sans doute à ce moment-là . Etymologiquement, un charisme est un don fait par Dieu à quelqu’un pour qu’il manifeste l’amour divin au milieu des hommes. Il reprit son chemin pour Rome, lorsqu’il apprit qu’à Cesena, à l’opposé de sa direction, l’épidémie faisait rage. 11 s’y rendit, réalisant ce que Dieu attendait de lui au fur et à mesure de son pèlerinage. Là encore, il obtint des guérisons miraculeuses.

Il arriva enfin à Rome au début de l’aimée 1368 et s’occupa des malades à l’hôpital du Saint-Esprit – ordre fondé par son compatriote Gui de Montpellier. Un prélat, peut-être un cardinal, guéri par ses soins ou témoin de guérisons miraculeuses – il pourrait s’agir du régent Pro Tempore de la Sacra Penitenzieria,

Gaillard de Boisvert, en charge précisément à cette période – lui fît rencontrer le pape Urbain V qui s’écria, en le voyant : « II me semble que tu viens du Paradis ! » et lui donna l’indulgence plénière. Roch avait sans doute vu, à Montpellier, ce Pape d’Avignon – qui tenta de réinstaller la papauté à Rome de 1367 à 1370 – lorsqu’il était venu consacrer l’autel majeur de l’église du monastère Saint-Benoît, future cathédrale Saint-Pierre.

Roch quitta Rome en 1370 pour s’en retourner vers sa patrie par les viae Flaminia et Emilia. Il suivit la via Francigena. Au mois de juillet 1371, il était à Plaisance, à l’hôpital Notre-Dame de Bethléem, près de l’église Sainte-Anne où il assista, guérit et réconforta les malades.

Atteint par la peste, Roch se rendit péniblement jusqu’au bois de Sarmato pour y mourir. A cet endroit, une source jaillit et un chien lui apporta chaque jour un pain. Le maître du chien était le noble Gothard Pallastrelli qui allait devenir son disciple, se faire ermite et donner son nom au mont Saint-Gothard. Il aurait été aussi le premier biographe du saint et l’auteur de son unique et vrai portrait conservé à Plaisance, en l’église Sainte-Anne. On rapporte également qu’un ange secourut Roch. Il recouvra alors la santé et retourna à Plaisance pour continuer à soigner les pestiférés, faisant preuve d’humanité et de charité fraternelle exemplaires !

Il reprit sa route, mais les terres milanaises étaient le théâtre d’une guerre entre le Duc de Milan, Bernardo Visconti, son frère Galeazzo II, et la ligue constituée par le pape Urbain V, conduite par Amedeo VI de Savoie. Ce conflit dura de 1371 à 1375. Pris pour un espion, Roch fut arrêté à Broni et transféré à Vogher. par Beccaria, intendant militaire des Visconti.

Sa renommée était déjà grande. De surcroît, il pouvait être identifié grâce à la marque de naissance, en forme de croix, qu’il avait sur sa poitrine. Son oncle était alors gouverneur de la ville, ou l’un des plus proches collaborateurs de ce dernier. Mais, fidèle au vœu d’anonymat de tout pèlerin, Roch ne révéla pas son identité et demanda à pouvoir reprendre son chemin en tant « qu’humble serviteur de Dieu. » Sa requête rejetée, il fut mis au cachot.

Son emprisonnement dura cinq ans. Selon la tradition, il ne dévoila son identité qu’à un prêtre, la veille de sa mort, survenue le 16 août 1378, 1379 ou 1380. Des témoins assurèrent que le cachot s’illumina et que le dernier souhait de Roch, à l’ange venu l’assister, fut d’intercéder pour les gens en souffrance.

Il fut enterré avec dévotion à Voghera qui, dès 1382, fut le premier lieu où une fête lui était consacrée. Ses reliques, gardées dans l’église qui lui est aujourd’hui dédiée, furent volées en février 1485 – sauf deux petits os du bras – et transportées à Venise où elles sont toujours depuis, à l’exception de quelques-unes dont un tibia, donné au XIXe siècle au sanctuaire Saint-Roch de Montpellier, qui possède aussi son bâton de pèlerin.

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